La toiture, un trait de personnalité architecturale

Un propriétaire avisé procède à une inspection minutieuse des combles qui abritent la charpente du toit, pour y déceler toute trace d’une éventuelle infiltration d’eau, toute défaillance ou tout élément de charpente qui serait manquant ou pourri. – FRANÇOIS VARIN

Les toitures des édifices occupent une place prépondérante dans l’environnement physique d’un ensemble bâti, d’une rue. Telle une sculpture dans l’espace, la toiture souligne l’importance visuelle d’un bâtiment, détermine sa volumétrie et en renforce les caractéristiques stylistiques. Outre sa fonction de couvrir un bâtiment et de le mettre à l’abri des intempéries, la toiture témoigne des préoccupations esthétiques du constructeur. Chaque époque culturelle a privilégié des styles, des détails de conception des édifices, qui se sont traduits par des savoir-faire, des façons d’agencer les matériaux des différentes composantes d’un bâtiment, dont la toiture.

Une sculpture dans l’espace

La couverture se caractérise par sa forme, sa masse, sa couleur, la qualité de ses matériaux, la façon de les assembler, les différents accidents de volume, c’est-à-dire les éléments qui donnent à la toiture son aspect particulier, ses aspérités, ses irrégularités, autant d’attraits visuels rompant la monotonie. Les goûts du constructeur ou la mode d’une époque ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent le choix d’un type de toiture. La forme de la toiture est aussi dictée par les conditions climatiques d’une région, les traditions de construction, les matériaux disponibles, la destination du bâtiment et l’aménagement des fonctions intérieures. Ainsi, les conditions climatiques ont influencé directement le degré d’inclinaison des versants des toitures et commandé l’utilisation de certains matériaux de recouvrement de préférence à d’autres en fonction de l’accumulation de la neige et de la formation de glace sur le bord du toit.

La disponibilité des matériaux est aussi un facteur déterminant. Par exemple, l’ardoise, abondamment employée en Europe, a rapidement été remplacée ici par le bardeau de bois : d’une part, parce que les attaches ne pouvaient résister aux rigueurs du climat et, d’autre part, parce que l’approvisionnement était difficile, l’ardoise étant importée d’Europe. Ce n’est qu’avec l’accroissement des échanges ou l’ouverture de carrières d’ardoise au XIXe siècle, à l’époque dite victorienne, que l’on aura de nouveau recours à l’ardoise comme matériau de recouvrement. Les conditions climatiques expliqueront également la forme particulière qui sera donnée graduellement à l’égout du toit afin d’éloigner l’eau des murs.

Les formes de toiture des maisons

La toiture à deux versants – Au Québec, les toitures les plus anciennes sont celles à deux versants, que l’on appelait aussi à pignons ou à deux égouts. La pente plus ou moins prononcée était conditionnée, selon la région, par la sévérité du climat et les risques d’accumulation de neige. Une toiture plus abrupte se déchargeait ainsi plus facilement.

La toiture à croupe – Ce modèle de toiture exige une charpente plus complexe, la croupe représentant chacune des extrémités d’une toiture à deux versants auxquelles on donne une pente vers l’intérieur : ainsi la toiture présente quatre versants, les longs pans des façades et les petits versants des extrémités. Beaucoup de maisons de l’île d’Orléans ont un toit de cette forme.

Le toit à la mansarde – Le toit à la mansarde ou toit brisé peut être à deux égouts (deux versants), à croupe (les extrémités étant à versants) ou à pavillon (une toiture à quatre versants) couvrant un bâtiment de plan carré ou sensiblement carré. Ce toit doit sa renommée à l’architecte français François Mansart, qui en popularisa l’emploi au XVIIe siècle. Le grand avantage du toit à la mansarde réside dans les possibilités qu’il offre d’utiliser d’une façon optimale l’espace intérieur au niveau des combles : une charpente plus légère et moins encombrante permet de donner plus de hauteur et de dégager davantage l’intérieur.

La région de Baie-Saint-Paul, par exemple, offre une abondance de toitures à la mansarde. Au cours de la première période de son usage, au XVIle siècle, le toit à la mansarde était recouvert d’ardoise ou de bardeaux de bois. Puis, à l’époque de son retour à la mode, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on a eu recours au recouvrement de métal : la tôle à baguettes pour le terrasson de pente faible et la tôle à la canadienne pour le brisis dont la pente est plus prononcée et présente moins de risques d’infiltration d’eau.

La fausse mansarde – Cette toiture typique de la région de Montréal, notamment sur le Plateau Mont-Royal, présente l’aspect d’une mansarde vue du sol; toutefois, seul le brisis existe véritablement, le terrasson étant transformé en toiture plate à bassin ou en toiture plate inclinée vers l’arrière pour faciliter l’évacuation des eaux. Le brisis de cette fausse mansarde, toiture caractéristique du tournant du siècle, était revêtu d’ardoise et percé de lucarnes. Il va sans dire que cette forme de toit maximisait l’espace utile à l’intérieur, tout en maintenant l’aspect esthétique et visuel de la mansarde.

Le toit plat à pente ou à bassin – Le développement massif des moulins à scie et la découverte de produits dérivés du pétrole comme le goudron entraîneront, au tournant du siècle, l’apparition de toits à très faible pente, pratiquement plats. De simples poutres de bois de dimensions plus modestes que les grosses pièces des charpentes traditionnelles réduisent le temps d’érection de la charpente de toiture et en facilitent la construction. Les multiples couches de membranes goudronnées assurent l’étanchéité de la toiture à laquelle on donne une faible pente vers l’extérieur ou vers le centre de la terrasse en bassin où les eaux sont évacuées par un canal. Un entretoit ventilé permet de garder cette toiture en bon état et exempte d’humidité.

La toiture en pavillon simple ou brisé – Cette toiture s’apparente à une forme pyramidale dont les quatre versants forment à leur sommet une pointe ou un faîtage très court. Les quatre versants peuvent être simples, c’est-à-dire continus dans une même pente, ou être brisés à la manière d’une toiture à la mansarde. Parfois, les terrassons des versants sont couronnés d’une terrasse ou surmontés d’un lanterneau, d’une tourelle ou d’un belvédère.

Ces formes de toitures sont celles que l’on rencontre le plus fréquemment. Il en existe de nombreuses autres, que l’on peut observer sur des édifices publics ou secondaires et qui contribuent à la qualité et à la richesse du paysage architectural. Citons par exemple le toit conique; le dôme; le toit en dents de scie; et la flèche, typique des clochers d’églises.

François Varin est architecte.
Collaboration du magazine Continuité.