La toiture, un trait de personnalité architectural

Un propriétaire avisé procède à une inspection minutieuse des combles qui abritent la charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. du toit, pour y déceler toute trace d’une éventuelle infiltration d’eau, toute défaillance ou tout élément de charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. qui serait manquant ou pourri.

Les toitures des édifices occupent une place prépondérante dans l’environnement physique d’un ensemble bâti, d’une rue. Telle une sculpture dans l’espace, la toiture souligne l’importance visuelle d’un bâtiment, détermine sa volumétrie et en renforce les caractéristiques stylistiques. Outre sa fonction de couvrir un bâtiment et de le mettre à l’abri des intempéries, la toiture témoigne des préoccupations esthétiques du constructeur. Chaque époque culturelle a privilégié des styles, des détails de conception des édifices, qui se sont traduits par des savoir-faire, des façons d’agencer les matériaux des différentes composantes d’un bâtiment, dont la toiture.

Une sculpture dans l’espace

Comme sculpture dans l’espace, la couverture se caractérise par sa forme, sa masse, sa couleur, la qualité de ses matériaux, la façon de les assembler, les différents accidents de volume, c’est à-dire les éléments qui donnent à la toiture son aspect particulier, ses aspérités, ses irrégularités, autant d’attraits visuels rompant la monotonie. Les goûts du constructeur ou la mode d’une époque ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent le choix d’un type de toiture. La forme de la toiture est aussi dictée par les conditions climatiques d’une région, les traditions de construction, les matériaux disponibles, la destination du bâtiment et l’aménagement des fonctions intérieures. Ainsi, les conditions climatiques ont influencé directement le degré d’inclinaison des versants des toitures et commandé l’utilisation de certains matériaux de recouvrement de préférence à d’autres en fonction de l’accumulation de la neige et de la formation de glace sur le bord du toit.

La disponibilité des matériaux est aussi un facteur déterminant. Par exemple, l’ardoise, abondamment employée en Europe, a rapidement été remplacée ici par le bardeau de bois : d’une part, parce que les attaches ne pouvaient résister aux rigueurs du climat et, d’autre part, parce que l’approvisionnement était difficile, l’ardoise étant importée d’Europe. Ce n’est qu’avec l’accroissement des échanges ou l’ouverture de carrières d’ardoise au XIXe siècle, à l’époque dite victorienne, que l’on aura de nouveau recours à l’ardoise comme matériau de recouvrement. Les conditions climatiques expliqueront également la forme particulière qui sera donnée graduellement à l’égout du toit afin d’éloigner l’eau des murs.

Les formes de toiture des maisons

La toiture à deux versants – Au Québec, les toitures les plus anciennes sont celles à deux versants, que l’on appelait aussi à pignonsPartie supérieure triangulaire du mur d’un bâtiment servant à donner des versants à un toit. ou à deux égouts. La pente plus ou moins prononcée était conditionnée, selon la région, par la sévérité du climat et les risques d’accumulation de neige. Une toiture plus abrupte se déchargeait ainsi plus facilement.

La toiture à croupe – Ce modèle de toiture exige une charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. plus complexe, la croupe représentant chacune des extrémités d’une toiture à deux versants auxquelles on donne une pente vers l’intérieur : ainsi la toiture présente quatre versants, les longs pans des façades et les petits versants des extrémités. Beaucoup de maisons de l’île d’Orléans ont un toit de cette forme.

Le toit à la mansarde – Le toit à la mansarde ou toit brisé peut être à deux égouts (deux versants), à croupes (les extrémités étant à versants) ou à pavillon (une toiture à quatre versants) couvrant un bâtiment de plan carré ou sensiblement carré. Ce toit doit sa renommée à l’architecte français François Mansart, qui en popularisa l’emploi au XVIIe siècle. Le grand avantage du toit à la mansarde réside dans les possibilités qu’il offre d’utiliser d’une façon optimale l’espace intérieur au niveau des combles : une charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. plus légère et moins encombrante permet de donner plus de hauteur et de dégager davantage l’intérieur. La région de Baie-Saint-Paul, par exemple, offre une abondance de toitures à la mansarde. Au cours de la première période de son usage, au XVIIe siècle, le toit à la mansarde était recouvert d’ardoise ou de bardeau de bois. Puis, à l’époque de son retour à la mode, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on a eu recours au recouvrement de métal : la tôle à baguettesMoulure de faible diamètre de menuiserie arrondie, unie ou décorée. pour le terrasson de pente faible et la tôle à la canadienne pour le brisis dont la pente est plus prononcée et présente moins de risque d’infiltration d’eau.

La fausse mansarde – Cette toiture typique de la région de Montréal, notamment sur le plateau Mont-Royal, présente l’aspect d’une mansardePièce aménagée sous un comble, en principe sous toit brisé, avec mur incliné et plafond bas. vue du sol; toutefois, seul le brisis existe véritablement, le terrasson étant transformé en toiture plate à bassin ou en toiture plate inclinée vers l’arrière pour faciliter l’évacuation des eaux. Le brisis de cette fausse mansardePièce aménagée sous un comble, en principe sous toit brisé, avec mur incliné et plafond bas., toiture caractéristique du tournant du siècle, était revêtu d’ardoises et percé de lucarnesOuverture vitrée pratiquée sur la pente d’un toit permettant d’éclairer/aérer un espace.. Il va sans dire que cette forme de toit maximisait l’espace utile à l’intérieur, tout en maintenant l’aspect esthétique et visuel de la mansardePièce aménagée sous un comble, en principe sous toit brisé, avec mur incliné et plafond bas..

Le toit plat à pente ou à bassin – Le développement massif des moulins à scie et la découverte de produits dérivés du pétrole comme le goudron entraîneront, au tournant du siècle, l’apparition de toits à très faible pente, pratiquement plats. De simples poutres de bois de dimensions plus modestes que les grosses pièces des charpentesEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. traditionnelles réduisent le temps d’érection de la charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. de toiture et en facilitent la construction. Les multiples couches de membranes goudronnées assurent l’étanchéité de la toiture à laquelle on donne une faible pente vers l’extérieur ou vers le centre de la terrasse en bassin où les eaux sont évacuées par un canal. Un entre-toit ventilé permet de garder cette toiture en bon état et exempte d’humidité.

La toiture en pavillon simple ou brisé – Cette toiture s’apparente à une forme pyramidale dont les quatre versants forment à leur sommet une pointe ou un faîtage très court. Les quatre versants peuvent être simples, c’est-à-dire continus dans une même pente, ou être brisés à la manière d’une toiture à la mansardePièce aménagée sous un comble, en principe sous toit brisé, avec mur incliné et plafond bas.. Parfois, les terrassons des versants sont couronnés d’une terrasse ou surmontés d’un lanterneauDispositif souvent bombé disposé sur la toiture permettant d’éclairer une pièce sombre ou ne possédant pas de fenêtre, et aussi de l’aérer ou d’en sortir s’il s’agit d’un lanterneau ouvrant., d’une tourellePetite tour rattachée à un édifice, parfois bâtie en surplomb. ou d’un belvédèreConstruction en hauteur ou terrasse offrant une vue dégagée..

Les formes de toitures dont nous venons de traiter sont celles que l’on rencontre le plus fréquemment. Il existe de nombreux types de toitures que l’on peut observer sur des édifices publics ou secondaires et qui contribuent à la qualité et à la richesse du paysage architectural. Citons par exemple le toit conique; le dôme, ce toit de plan centré dont le versant continu présente un profil galbé; le toit en dents de scie, caractéristique des bâtiments industriels; et la flèche, typique des clochers d’églises.

Les matériaux de recouvrement

Les premiers arrivants ont d’abord eu recours aux matériaux disponibles et abondants ici pour recouvrir leurs toitures : le chaume, l’écorce et le bois. Il subsiste quelques exemples de toiture de chaume dans les régions de Charlevoix et de Yamachiche. Le bardeau de bois a toujours été utilisé, mais on le retrouve plutôt aujourd’hui en milieu rural. Quant au déclin de bois, abondamment employé au XVIIIe siècle, il a vite été relégué aux oubliettes en raison de son manque d’étanchéité et du risque accru d’incendie qu’il présentait. Dès son avènement, le métal en feuille connut une grande popularité comme matériau de revêtement de toiture.

Parmi les revêtements de métal, on retrouve la « tôle à la canadienne », typique au Québec, dont l’usage se généralisa vers le milieu du XVIIIe siècle. La tôle à baguettesMoulure de faible diamètre de menuiserie arrondie, unie ou décorée. verra le jour vers la fin du XIXe siècle alors qu’on fabriquera des feuilles de tôle de plus grandes dimensions. Dans le dernier quart du XIXe siècle, une autre méthode apparut : le double pli des tôles, pincées puis repliées. On appela ce revêtement tôle à jointsDispositif ou produit liant destiné à rendre étanche une surface composée de plusieurs éléments (revêtement de briques). debout. Enfin, l’industrialisation du bâtiment apporta de tout nouveaux produits au tournant du siècle. On fabriqua alors des feuilles de tôles à motifs imitant les écailles de poisson, les ardoises ou d’autres éléments. D’autres métaux, comme le cuivre, ont dans certains cas remplacé le fer blanc, premier métal employé, ou la tôle galvanisée, apparue par la suite.

Intervenir avec soin

La stabilité d’une toiture repose sur le bon état et la bonne conception de la charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. qui en est le support. Maintes fois, l’analyse in situ d’un comble révèle la présence de parties de charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. qui, au fil du temps, ont subi des modifications ou souffert d’infiltrations d’eau prolongées. La stabilité de l’ensemble et la cohésion de la charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. s’en trouvent affectées jusqu’à provoquer une déformation ou un affaissement de la toiture en tout ou en partie. Parfois, en effet, des pièces de charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. utiles ont été enlevées à la faveur du percement d’une lucarneOuverture vitrée pratiquée sur la pente d’un toit permettant d’éclairer/aérer un espace. ou, tout simplement, pour dégager davantage l’espace intérieur. Il faudra tôt ou tard corriger ces déficiences afin de redonner à l’ensemble charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison.-toiture sa stabilité structurale et son efficacité première. C’est pourquoi un propriétaire devrait d’abord procéder à une inspection minutieuse des combles qui abritent la charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. du toit, pour y déceler toute trace d’une éventuelle infiltration d’eau, toute défaillance ou tout élément de charpenteEnsemble des pièces qui constituent la structure d’une maison. qui serait manquant ou pourri. Une règle d’or serait d’ailleurs de faire une inspection routinière chaque automne pour déceler tout problème potentiel. Trop souvent, comme la toiture est plutôt inaccessible ou difficile à observer du sol, on tient pour acquis qu’elle est en bon état. Mais comme elle subit des pressions considérables dues aux intempéries et aux conditions climatiques, il importe de suivre son évolution.

Extraits d’un article de François Varin, architecte, dans le magazine Continuité, n° 63, 1995.