Le sauvetage du 20, Notre-Dame Est

Lorsque le toit d’un bâtiment centenaire de l’arrondissement historique du Vieux-Montréal est sur le point de rendre l’âme, la réparation d’une simple fuite peut se transformer en une délicate mission de sauvetage. Une mission confiée à trois passionnés du patrimoine, l’Atelier de ferblanterie MBR, Vézina Thode Architectes et l’Atelier L’Établi, qui ont travaillé de concert pour sauvegarder l’intégrité et restaurer la silhouette du 20, Notre-Dame Est.

Vers 1830, le marchand Lawrence Kidd fait construire une maison-magasin de deux étages avec comble habitable. L’édifice est conçu pour accueillir des commerces au rez-de-chaussée (Kidd, McCormack & Company) et des logements aux étages. Autour de 1875, la propriétaire suivante fait remplacer le toit en pavillon par un toit brisé. Plus récemment, des rénovations et une transformation en immeuble de copropriétés sont entreprises en 1989. Aujourd’hui, les habitations ont fait place à des bureaux, la plupart occupés par des avocats, le Palais de justice se trouvant juste en face.

Le syndicat des copropriétaires a pris contact avec Pascal Grenier, de l’Atelier de ferblanterie MBR, gagnant du Prix de l’artisan de l’Opération patrimoine architectural de Montréal (OPAM) en 2011, pour lui demander de réparer le toit, un toit mansardé en tôle à baguette, isolé avec du bran de scie. « En voyant l’état de la structure, j’ai vite compris qu’il faudrait entreprendre une véritable restauration, ce qui exigerait l’obtention d’un permis et le recours à un architecte. Plus on avan- çait, plus on découvrait d’éléments à remplacer», se souvient-il.

Une fois les dessins des architectes approuvés par le ministère de la Culture et des Communications et par la Ville, une bonne partie du défi a consisté à maintenir une communication efficace entre tout le monde pendant la durée de la construction afin de réussir à livrer une nouvelle toiture à la fois performante et respectueuse 27 du cadre historique.

«La clé du projet, la console joignant les deux bâti- ments des 20 et 26-28, a été retirée et examinée de près. Située immédiatement à la gauche du bâtiment, elle nous a donné suffisamment d’indices pour que nous puissions reconstituer le profilé de la corniche, surtout le troisième pan manquant de l’ancienne toiture, et raffiner le détail des 36 modillons », raconte Catherine Vézina, associée principale de Vézina Thode Architectes.

Ensuite, Jean-François Lachance, de l’Atelier L’Établi, gagnant du Prix de l’artisan de l’OPAM en 2006, a pu se baser sur cette console pour concevoir et fabriquer la nouvelle corniche, en y prévoyant des ouvertures de ventilation très discrètes, ce qui a permis d’améliorer le tout. « Pour moi, le principal défi a été de retrouver exactement les dimensions de la pièce manquante. Je crois sincèrement que notre intervention a réussi à faire de ce bâtiment l’un des plus beaux du Vieux-Montréal aujourd’hui », confie-t-il. Mission réussie !